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Togo : cours de répétition, loyers impayés, achats de vivres à crédit…L’Ong SADD interpelle sur le triste quotidien des enseignants privés

Yves-Dossou-SADD

Acteurs incontournables dans le monde éducatif togolais, les enseignants du privé laïc jouent un rôle majeur dans la formation des élites de demain. Mais ironie de sort, ils sont confrontés à des difficultés énormes quant à leur survie dans un contexte de crise sociale mondiale qui n’épargne guère le Togo. Difficile pour les travailleurs de ce secteur de joindre les deux bouts, avec des salaires dérisoires qui, dans certains établissements, sont rarissimes. Des conditions qui vont à l’encontre des recommandations de l’OIT dont l’Ong Solidarité et Action pour le Développement (SADD) se fait le chantre.

Dans une déclaration conjointe rendue publique le 09 juin 2020 à Lomé, le Collectif des Syndicats des Enseignements Privés Laïcs et Confessionnels (COSEPLAC) et Solidarité et Action pour le Développement Durable (SADD) ont appelé les pouvoirs publics à œuvrer de telle sorte que l’ordre soit rétabli dans l’Enseignement privé laïc et confessionnel.

Dressant un tableau sombre des conditions de vie et de travail de ces enseignants, les deux organisations membres de la société civile togolaise notent d’emblée que dans le privé laïc, la situation est plus que “catastrophique”.

Sans le démontrer ouvertement, indique le document de 5 pages, “certains fondateurs découragent leurs agents de passer des examens professionnels de peur qu’en cas de réussite, ils ne cherchent mieux ailleurs ou  ne réclament des augmentations de salaire”.

Le taux de rémunération dans le privé laïc et confessionnel ne répond à aucune grille salariale standard élaborée en fonction des diplômes académiques. Il varie d’une école à l’autre et même d’une région à l’autre.

Pour joindre les deux bouts, peut-on lire dans la Déclaration, “la plupart de ces enseignants s’adonnent aux cours de répétition”.

“A ce titre, ils sont contraints de circuler de maison en maison après les heures de cours et tard dans la soirée, les mercredis après-midi et les week-ends, voire pendant les vacances. Ils ne disposent d’aucun temps de répit ni de loisir. Dans ces conditions de travail, leur santé est très affectée et prédisposée à des cas graves en cas de contamination de la COVID-19”.

Dans une étude réalisée e juin 2008 par l’Ong SADD, son coordonnateur général Yves Komlan Dossou (photo) a fait savoir que “la majorité de ces enseignants déclarent, faute de salaire décent et de protection sociale, qu’ils sont contraints de recourir aux vendeurs de médicaments à la sauvette pour régler leurs problèmes de santé ou se donnent qu’aux tisanes et décoctions”.

“Lorsque la situation se complique, ils font appel à des usuriers pour affronter les dépenses d’hospitalisation et de pharmacie”.

Cependant, rappellent les deux OSC, les enseignants ne sont payés que sur neuf mois de l’année scolaire et sont mis en chômage temporaire durant la période des vacances.

“Le drame, c’est que dans certains établissements, les enseignants accumulent plusieurs mois d’arriérés de « salaire » avant la fin de l’année académique”.

“La plupart subit toute forme d’injustice sociale parce qu’ils travaillent inconsciemment ou consciemment dans l’illégalité. Aucun contrat en bonne et due forme de travail ne les lie à leurs employeurs. Ils ne sont ni enregistrés au fisc ni déclarés à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale”.

L’étude menée par SADD, révèle aussi que “bon nombre de ces enseignants sont obligés de vivre en permanence en fugitifs du fait des dettes qu’ils accumulent (plusieurs mois d’arriérés de loyer impayés , achat de vivres à crédit…) pour échapper soit à leurs créanciers, soit à leurs fournisseurs”.

Aujourd’hui, ces enseignants subissent impuissant les impacts de la crise sanitaire mondiale qui les projette dans une extrême pauvreté et misère indescriptible. Tout confus et brisés, certains pourraient-ils se donner la mort ? S’interrogent le COSEPLAC et SADD dans la déclaration conjointe.

C’est ce qu’on peut penser de M. Franck Apélété, Censeur à l’Institut « Étoile du Matin », sise  dans le quartier DabaraKondji à Lomé, qui a été retrouvé mort le 31 mai 2020 pendu dans sa chambre.

Dans l’impossibilité d’élucider les circonstances exactes de cet acte désespéré, aurait-on tort d’avancer des hypothèses liées à la précarité de ses conditions de vie et de travail caractérisée par des mois sans salaire due à la fermeture des écoles suite au plan de riposte contre la COVID-19 décrété par le gouvernement.

Face à une situation qui pré-augure plus la mort pour cause de faim et le suicide plutôt que la mort parla COVID-19, prenant la mesure des choses, les deux organisations de la société civile togolaise recommandent au gouvernement d'”être plus réceptif et réactif à nos plaidoyers pour soulager l’immense souffrance des milliers d’enseignants et leurs familles qui sont aisément basculés dans l’extrême pauvreté suite au plan de riposte contre la COVID-19, lancé à juste titre par le chef de l’Etat”.

Vivement que cet énième appel de ces OSC reçoive un écho favorable auprès des décideurs du pays.

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