Societé

Togo : les employés de SOFANAT appellent le gouvernement à ‘sauver leurs emplois’

SOFANAT

L’affaire suscite colère et indignation. Et doit interpeller les pouvoirs publics à agir au plus vite. Plus de 350 employés de la SOFANAT sont sur le point de se retrouver sur le carreau. Un véritable paradoxe, dans la mesure où l’Etat togolais s’attelle à sauvegarder les emplois dans ce contexte de crise liée au covid-19. A la fois impuissants et en rogne, ces derniers ont appelé mercredi 15 avril les autorités gouvernementales à intervenir en leur faveur. Mieux, user de leurs pouvoirs pour les sauver des griffes de leur employer d’origine libanise, Ali Dakhlallah. Ce denier qui s’illustre par une défiance de l’autorité de l’Etat notamment le président Faure Gnassingbé et de l’administration du Travail.

Alors que le gouvernement s’inscrit dans la dynamique de la réduction des heures de travail (désormais 07 h de travail), dans l’esprit de l’Etat d’urgence sanitaire, le directeur général de SOFANAT (Société de fabrication de nattes) prend le contre-pied de cette décision et opte plutôt pour une rallonge de la durée réglementaire et habituelle de 8 heures (désormais 12 heures de travail).

Une décision annoncée le 02 avril en pleine exécution des tâches dans ladite société, avec une prise d’effet immédiate. Et sans discussion préalable avec les délégués de personnel. Ceci, en violation flagrante des conventions 87 et 98 de l’OIT.

S’insurgeant contre cette démarche qu’ils qualifient d’arbitraire et d’unilatérale, les délégués de personnel ont été expulsés des locaux de l’entreprise le même jour, plus précisément au lendemain de l’annonce des mesures drastiques, par le Chef de l’Etat en vue de la riposte au Covid-19.

Dans une déclaration liminaire rendue publique le 15 avril 2020 au cours d’une conférence de presse à Lomé, plus de 350 employés sur un total de 400 qui croupissent à la maison, à l’heure où nous écrivons ces lignes, dénoncent les dérives du directeur de SOFANAT, entre autres la défiance de l’autorité de l’Etat, la suspension du travail, l’obstruction au dialogue, le refus de répondre aux convocations de l’Inspection de Travail.

A noter que cette démarche des employés de SOFANAT est soutenue par l’Ong SADD, avec l’appui technique de l’Ong belge WSM (we social movements).

Les détails de cette affaire dans la déclaration liminaire ci-dessous :

CONFERENCE DE PRESSE DES REPRESENTANTS DU PERSONNEL
(DELEGUES DU PERSONNEL ET SYNDICAUX) DE LA SOCIETE DE FABRICATION DE NATTES (SOFANAT) EN ZONE FRANCHE TOGOLAISE

« DENONCIATION DE L’OBSTRUCTION AU DIALOGUE SOCIAL, DE LA DEFIANCE DE L’AUTORITE DE L’ETAT ET DE LA SUSPENSION DU TRAVAIL PAR LA SOFANAT »

Messieurs, Mesdames,

Respectueusement, nous Représentants du personnel (délégués du personnel et syndicaux) de la société SOFANAT (zone franche) voudrions par cette sortie médiatique attirer l’attention de l’opinion nationale et internationale sur la situation qui est entrain de prévaloir entre notre Employeur SOFANAT et son personnel que nous représentons, en ce moment où toute la planète terre subit une crise pandémique de COVID 19.

En effet tout a pris naissance à partir des mesures annoncées le 1er Avril 2020 par le Chef de l’Etat togolais pour faire barrière contre la propagation de CORONAVIRUS en terre togolaise.

Face à l’ampleur que prend la menace de la pandémie de Coronavirus (Covid 19), l’Autorité togolaise avait annoncé certaines mesures d’urgence et drastiques afin de limiter et réduire le risque de contamination en terre togolaise, lesquelles mesures s’imposent et imposent à bon nombre d’entreprises une réorganisation circonstancielle du travail.

Vous conviendriez avec nous que réglementairement et conformément aux recommandations 87 et 98 de l’OIT, il s’impose aux parties partenaires dans le travail de s’asseoir pour discuter de la réorganisation.

Le 02 Avril 2020 aux environs de 11 heures, le Chef d’usine et le Chef du personnel avaient appelé les délégués du personnel qui étaient de service pour leur communiquer la décision de réaménagement d’horaire arrêtée par la Direction du service, celle de rallonger la durée règlementaire et habituelle de 08 heures de travail par jour à 12 heures de travail de 06 heures 30 minutes à 18 heures pour ceux du matin et de 18 heures à 06 heures 30 minutes pour ceux de nuit avec une prise d’effet immédiate.

Nos deux camarades délégués du personnel titulaires et leurs suppléants qui avaient été invités avaient contesté la prise d’effet immédiate de la décision et la durée journalière trop longue de 12 heures de travail.

Le même jour à 14 heures lorsque la deuxième équipe qui devait remplacer celle du matin était arrivée, tous les délégués du personnel s’étaient organisés pour aller discuter d’urgence avec le Chef d’usine et le Chef du personnel.

A peine les discussions avaient–elles commencé en plein air debout devant l’usine quand le Directeur Général était arrivé pour renvoyer tous les délégués du personnel du lieu avec comme propos :

« C’est une information que nous vous donnons » ; « Vous n’êtes pas nos associés pour discuter nos décisions » ;

« Lorsque le Chef de l’Etat avait annoncé les mesures d’urgences prises, avait-il eu à consulter préalablement le peuple ? Donc la Direction de SOFANAT n’avait non plus l’obligation de consulter les délégués du personnel avant ses prises de décision » ;

Sur ce, il avait instruit la sécurité du service d’expulser de l’enceinte, tout le collège des délégués du personnel qui étaient en discussion avec le Chef du personnel et le Chef d’usine.

A l’Equipe du matin qui devait sortir à 14 heures, on lui demandait de prolonger le service jusqu’à 18h00’ et à ceux qui étaient arrivés pour prendre fonction à 14 heures, de repartir pour revenir à 18h00 et descendre à 06h30’.

C’était de là que les travailleurs avaient pris la détermination de rester dehors, jusqu’au moment où la Direction du service accepterait les représentants du personnel pour discussion en vue de la révision ou de la reconsidération du programme lourd arrêté par la Direction.

Nous Contestons :

-

 La prise d’effet immédiate de la décision ;

-

 La durée journalière de 12 heures de travail au lieu de 08 heures habituelles ;

-

 Le refus de la Direction de discuter avec les délégués du personnel faisant obstruction aux principes du Dialogue Social ;

-

 L’expulsion grave des représentants du personnel de l’enceinte de la Société au moyen de la sécurité du service faisant entrave à la mission des délégués du personnel ;

Les raisons de nos contestations :

Le personnel n’était pas moralement, psychologiquement et pratiquement préparé pour consommer un rallongement immédiat de la journée de travail à 12 heures ;

Vu les problèmes de hanche et de colonne vertébrale que développe les travailleurs ses dernières années avec les 08 heures de travail fatidique dans les machines chaque jour,

Vu les refus répétés de la SOFANAT d’accorder un suivi médical à son personnel face aux multiples demandes formulées par les travailleurs et vis-à-vis du caractère obligatoire et légale de la visite médicale annuelle,

Accepter un éventuel prolongement de la journée de travail de 08 heures de temps à 12 heures de temps, nous rendrait complices et responsables de l’aggravation de l’état de santé de nos camarades travailleurs ;

La règlementation du travail en vigueur fait obligation à l’employeur de recevoir pour discussion les délégués du personnel au moins une fois par mois et dans les situations d’urgence si demande est faite ;

Mais paradoxalement et en violation de ces dispositions et du principe du dialogue social, la Direction SOFANAT avait refusé de discuter avec les représentants du personnel et avait instruit la sécurité de les expulser du service et créant le blocage ou suspension du travail depuis le 02 Avril 2020 à ce jour.

DEMARCHES EFFECTUEES :

Le 03 Avril 2020, tous les Délégués du personnel avait encore demandé à rencontrer la Direction SOFANAT. Contre toute attente la réponse de la SOFANAT avait été la suivante : « Compte tenu de la pandémie de Coronavirus, nous ne sommes pas en mesure de vous recevoir pour une quelconque discussion que ce soit ».

Nous avions saisi dans cette situation l’Inspection du Travail et la Société d’Administration de la Zone Franche.

Nous avions également avisé le Ministère du Travail, le Ministère de la Sécurité, le Ministère de l’Industrie, le Ministère de la Sante et la Primature.

Nous avions aussi sollicité l’intervention de notre organisation syndicale l’USYNTRAZOFE.

EN REACTIONS :

Le 03 Avril 2020, le syndicat avait envoyé son chargé des conflits auprès du service du personnel en vue de la relance du dialogue social dans l’entreprise mais le Chef du personnel avait malheureusement refus toute tentative de dialogue social pour raison de Coronavirus ;

Le Chargé des conflits et revendication lui avait aussi proposé des échanges par correspondance que la Direction SOFANAT avait encore refusés.

Le 10 Avril 2020, l’Inspection du Travail et des Lois Sociales Lomé Est-II avait invité les parties en conflit notamment les Délégués du personnel, Délégués syndicaux et l’Employeur SOFANAT pour tentative de conciliation, mais malheureusement encore la SOFANAT avait refusé de comparaitre sans faire signe à l’Autorité que constitue l’Inspection du Travail.

D’où nous notons et dénonçons UNE DEFIANCE DE L’AUTORITE DE L’ETAT, notamment le Chef de l’Etat et l’Administration du Travail par l’employeur.

Nous demandons aux autorités gouvernementales de notre pays de bien vouloir intervenir pour sauver population travailleuse de SOFANAT qui subisse l’arbitraire.

Les Délégués du personnel et Syndicaux

ATTENTION : LE CORONAVIRUS TUE ! RESPECTONS LES GESTES BARRIÈRES

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