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Togo : loin d’être des ‘ratés’, les ramasseurs d’ordures prennent la parole

ramasseur d'ordures

Le métier peut paraître avilissant mais… en réalité il est plutôt valorisant pour bien des raisons. Professionnels de l’hygiène, ils assurent l’enlèvement à domicile des ordures ménagères et les transportent ensuite vers des sites de traitement ou des décharges publiques. A ce titre, les éboueurs ou ramasseurs d’ordures ménagères jouent un rôle majeur dans la protection de l’environnement. Ce qui contribue dans une large mesure au bien être des populations. Ironie du sort, ils sont parfois vilipendés, rabaissés, pis taxés de ‘ratés’ de la société. Mais une question demeure: sans eux, qui pour faire le sale boulot ?

Voici un dossier réalisé par notre confrère Agridigitale, que nous nous faisons le plaisir de reprendre pour vous, Togo People.

Mme Tonyigah Afi Delalé raconte qu’elle éprouve de la pitié pour ces jeunes (hommes pour la plupart) qui ont choisi ce sale boulot. Elle se dit même prête à renier à sa fille si elle s’obstine à épouser un éboueur (ramasseur d’ordures). Tout comme Mme Delalé, la société a une mauvaise perception sur les éboueurs. Une erreur !

“Pour moi c’est un métier noble parce qu’ils contribuent au bien-être de la population pas seulement en nettoyant mais en s’assurant qu’on ne soit pas à même de développer des pathologies de diverses natures.  La concentration des ordures peut créer d’autres choses,” retorque Fabrice Sylvestre d’Almeida, employé dans une entreprise de recyclage de déchets à Lomé.

Pour Kogbe Yaovi Joseph, coordonnateur du Réseau des ONG africaines francophones sur les questions climat et développement (RCD), le métier en soit ne pose pas de problème.

“A priori, ce n’est pas un métier avilissant mais c’est ceux-là même qui exercent ce travail qui font que la société a une très mauvaise image d’eux,” recadre Joseph.

D’abord, poursuit-il, “quand leur tracteur passe, c’est tout un problème. Non seulement qu’ils tombent régulièrement en panne, la plupart de ces tracteurs ne sont pas couverts lorsqu’ils contiennent des déchets.  En plus, les éboueurs qui montent sur ces remorques ne se protègent pas du tout.”

Qui pour faire ce job?

La gestion des déchets urbains est l’une des questions environnementales les plus préoccupantes pour les pays en développement. Dans la commune de Lomé, au Togo, cette gestion est du ressort de la municipalité (mairie de Lomé) qui l’assurait en régie.

“Entre 1995 et 2000, la mairie n’avait plus la main sur cette gestion. Cela a conduit à des initiatives spontanées individuelles ou associatives pour contribuer à l’amélioration de l’environnement dans les quartiers aux côtés de la municipalité,” indique Kossi Dodzi Agbati, responsable de la section traitement des déchets de la division de la propreté à la direction des services techniques (Dst) de la ville de Lomé.

Mais depuis 2005, la mairie a repris la main. Suite à un appel d’offres, elle a signé des conventions avec des entreprises disposant de capacités financières et logistiques pour collecter les déchets auprès des ménages.

“Ils sont 25 à être en convention avec la commune et c’est des camionnettes et des tracteurs motorisés qu’ils utilisent. Tout ce qu’on leur demande, c’est d’assurer l’enlèvement des déchets auprès des ménages et les convoyer vers le centre de regroupement des déchets. En cas de manquement, ils auront des pénalités,” confie M. Agbati à agridigitale.

Il explique par ailleurs que le contrat impose aux entreprises prestataires d’offrir à chacun de leur employé, des équipements de protection individuels (tenue, cache-nez, casque, gants, chaussures de sécurité) et une police d’ assurance pour les prendre en charge en cas de maladies.

“Mais, force est de constater que la plupart de ces associations qui font la pré-collecte ne disposent pas de matériels adéquats pour mener à bien leur mission. Donc les éboueurs utilisent les matériels qui ne sont pas adaptés du coup leur perception par la société n’est pas bonne,” déplore Joseph Kogbe, préoccupé par les conditions de travail des éboueurs à Lomé.

L’informel nourrit le formel

En dehors des entreprises agréées qui sont chargées des enlèvements des ordures auprès des ménages pour le compte de la mairie, il existe des particuliers qui travaillent pour leur propre compte.

“En fin de journée, je gagne au minimum 5000 francs CFA mais je travaille six jours sur sept. C’est avec ça que j’arrive à faire mes propres besoins. Je ne fais plus rien d’autre,” témoigne Django, un jeune éboueur.

Il exerce le métier depuis bientôt dix ans à Ablogame (un quartier de Lomé) mais qui n’a jamais utilisé de cache-nez pour se protéger.

“Il faut faire la différence entre les informels et ceux qui sont formels. Si vous rencontrez un informel, il tracte sa charrette à la main et nous ne sommes pas en mesure de les poursuivre au risque de voir les déchets un peu partout dans la ville,” avoue le responsable de la section traitement des déchets de la division de la propreté à la direction des services techniques (Dst) de la ville de Lomé.

“C’est des gens qui ont de petits contrats avec les voisins dans leur quartier. Même si les gens sont disposés à s’abonner aux formelles, il va se poser des problèmes de couverture parce qu’entre temps, les formelles étant concurrencés par les informels, étaient obligés d’ignorer certaines zones,” reconnaît-il.

Bien qu’opérant dans l’informel, il s’avère indispensable d’identifier ces jeunes gens pour surtout leur prodiguer des conseils nécessaires sur les risques encourus en ne se protégeant pas.

“Il y a les dangers d’ordres chimique ou radiologique. Vous pouvez être confrontés aux métaux lourds et le risque ça peut être des cancers. Il y a aussi les dangers biologiques. Vous pouvez être confrontés à certains germes. En dehors de tout ça, il peut avoir des effets combinés de plusieurs choses à la fois,” martèle Nayo Ankou,  chef division de l’hygiène publique au Ministère de la santé.

Et pourtant…

Certains vivent bien de ce métier valorisant au même titre que d’autres qui existent dans la société.

“Ceux qui ramassent les ordures sont aussi des hommes comme nous, seulement c’est en ce moment précis qu’ils sont en train de faire leur travail qu’on pense qu’ils ne sont pas propres. Mais on n’imagine jamais combien ils peuvent gagner ? Je vous assure que je connais quelqu’un qui fait ce travail, ce qu’il gagné par jour, un fonctionnaire qui est toujours propre en veste, en Bazin n’a pas cette fortune,” témoigne Gnom Hèzouwè Thérèse, résidente à Cinkasse (extrême nord du Togo).

Les éboueurs certes travaillent dans les conditions difficiles, mais les pouvoirs publics doivent davantage réguler le secteur pour qu’ils soient bien vus par la société et alléger les risques liés à leur travail.

Anani E.

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